Terrorist

John Updike

CHF 10.00
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Éditeur
Penguin Books LTD Digital
Pages
320
Parution
juillet 2007
Format
Ebook EPUB
Protection
DRM
Langue
Anglais
EAN
9780141921808
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Chroniques Presse

Le Temps

Updike, un islamo-polar

Alain Campiotti, samedi 17 juin 2006

Dans les semaines qui ont suivi le massacre de septembre 2001, Penn Station faisait peur. L'empilement urbain et humain de cette grande gare de New York - dans la phobie d'un nouvel attentat, d'une «deuxième vague» - ressemblait à un piège parfait. Penn est un noeud ferroviaire en plusieurs couches souterraines, et c'est un lieu de passages intenses, surmonté de l'énorme gâteau de Madison Square Garden, le zénith de la ville.
Très vite après le 11 septembre, de longues barres de béton ont été disposées devant les portes d'entrée. Puis, au fil des mois, les barres ont été remplacées par d'énormes vasques rectangulaires, avec des plantes vertes, pour faire joli. C'est un obstacle contre le camion, bourré d'explosif, qui remonterait la Huitième Avenue et foncerait vers les portes en virant à droite au carrefour de la 31e Rue.
Dans son nouveau roman, Terrorist, John Updike s'est mis au volant de ce camion. Le candidat au suicide dévastateur n'est pas le narrateur, mais le personnage central imaginé par le chroniqueur prolifique (Rabbit) des tourments existentiels et sexuels de la classe moyenne américaine. Autant dire qu'avec ce vingt-deuxième volume, Updike risque un tournant dans son oeuvre. Il avait deux raisons anecdotiques de le faire: l'écrivain a assisté en personne à l'effondrement d'une des tours à New York, et il a une sainte horreur des tunnels. Le vrai objectif de son terroriste était le Lincoln Tunnel, qui passe sous l'Hudson River pour pénétrer à Manhattan, même si son voyage qui voulait être cataclysmique se termine, effectivement, sur la Huitième Avenue.
Il y a du suspense dans cet islamo-polar qui devrait, pour la première fois dans l'oeuvre de John Updike, intéresser le cinéma. Par ailleurs, un attentat a réellement été déjoué contre le Lincoln Tunnel. Et l'explosif du roman, le nitrate d'ammonium, est aussi celui que s'était procuré le groupe qui vient d'être démantelé à Toronto.
L'ambition de John Updike, bien sûr, dépasse cette incursion dans le thriller d'actualité. Le vieil aristocrate du roman américain tente de comprendre, avec une empathie distante, ce qui est si loin de lui: comment Ahmad Ashmawy Mulloy, 18 ans, dans sa banlieue dilapidée du New Jersey, son déracinement dans les tensions raciales, en vient à trouver un refuge absolu dans le Coran et le sacrifice de sa vie.
La mère d'Ahmad, Teresa Mulloy, est une infirmière irlando-américaine, peintre abstrait quand elle n'est pas en blouse verte, et plutôt délurée.
Le père égyptien, Ashmawy, a décampé avant que l'enfant ait pu le connaître vraiment. A 11 ans, Ahmad a commencé à fréquenter assidûment un centre islamique dirigé par un Yéménite radical. Autre père. Pour l'adolescent, naturellement, son enseignement extrémiste devient la vérité: cette société dans laquelle il est né, qui se vautre dans l'hédonisme et le nihilisme, assiège l'islam après avoir exterminé les Indiens, ne mérite pas de survivre. Malgré les interventions tardives de Jack (Jacob) Levy, ancien professeur d'histoire et orienteur du lycée, l'imam n'a pas de peine à convaincre sa brebis que la poursuite d'études sera une pure perte de temps: «Allah, lui apprend-il, est la lumière par laquelle le soleil devient noir.» Ahmad doit apprendre (Updike n'y va pas par quatre chemins!) à conduire des poids lourds.
Quelqu'un a un projet pour le fils de Teresa la rousse. Qui? Un groupe, très intégré, de chiites libanais, marchands de meubles, apparemment. Mais ce n'est pas si simple. Dans le groupe, il y a une taupe. John Updike expose, presque par la bande, l'attitude adoptée dans la lutte contre les réseaux terroristes à l'intérieur du pays par les services de sécurité américains. Une posture offensive, qui consiste à stimuler délibérément les projets les plus violents pour mieux les dévoiler, à pousser à l'action concrète ceux qui n'y étaient prêts que dans leur tête, ou dans les palabres.
L'empathie de Updike, dans Terrorist, fonctionne de façon étrange. Teresa la mère, Jack Levy, sa femme Beth qui s'abandonne à l'obésité, les étudiants du lycée, Noirs en majorité, sont les acteurs - ou les victimes - de cette société dont l'imam dénonce le naufrage, abject ou insignifiant, et l'affaissement. Mais tous ces êtres sont de chair et de sang; on pourrait les toucher, leur parler. Ils font partie du théâtre updikien traditionnel et maîtrisé. Les nouveaux venus sont les musulmans. L'écrivain ne les connaît pas. Pour les faire vivre et dire, citer le Coran, l'écrivain a dû engager un assistant. Ces personnages-là sont en carton-pâte. Ahmad lui-même ressemble à un pantin, dont on ne comprend par vraiment les motifs, ni les raisons de sa solitude lycéenne complète. Il est comme il est parce que John Updike avait besoin d'un jeune djihadiste américain. Mais les ressorts profonds de ce désir de mort, qui naît dans les sociétés occidentales, échappent à Terrorist.
Un pays pris à bras-le-corps
Pourquoi le New Jersey? Cet Etat, qui est la grande banlieue de New York, est au coeur du nouveau roman de John Updike. Il est aussi le personnage principal de plusieurs grandes oeuvres de Philip Roth. Parce que c'est, sur la côte Est, le chaudron dans lequel se construit - ou meurt - l'Amérique des immigrations en vagues, dans lequel la ville crève et tente de survivre.
L'édition américaine, c'est comme partout. Un grand fatras d'abord commercial. Dan Brown et Oprah Winfrey, Dr Phil et le dernier plagiaire dévoilé. Mais entrez dans un de ces grands temples de papier, Barnes & Noble ou Borders, et vous pourrez mesurer, du Carré «Histoire» au quartier «Littérature», qu'un pays se prend, par écrit, à bras-le-corps. L'auscultation de la démocratie américaine, dans sa conquête, ses cassures, ses doutes, est permanente.
La fiction, comme ailleurs, charrie ses rayons d'introspections qui seront vite oubliées. Mais il y a dans le roman américain ce sillon profond de géants qui tiennent l'écriture, comme disait Michel Leiris, pour une tauromachie: parler de ce temps, c'est une passion et un risque nécessaires dont n'est pas capable l'information immédiate.
Saul Bellow, dans son dernier roman, Ravelstein, faisait le portrait allusif, autour d'Allan Bloom, d'une génération intellectuelle qui a profondément marqué l'Amérique aujourd'hui en guerre. Thomas Wolfe, le dandy, dans The Bonfire of the Vanities ou A Man in Full, a charcuté l'Amérique urbaine (New York) et l'Amérique profonde (Atlanta, etc.) comme le faisaient les grands romanciers classiques qui ont contribué, il y a longtemps, à constituer la Chine. Les Miller, Mailer, Roth ont tous cherché, avec humour ou gravité, à façonner leur temps. John Updike, même si Terrorist n'est pas un chef-d'oeuvre, est de cette race. Mais, comme les autres survivants, il arrive au bout de son oeuvre. Est-ce la fin?


Sous le signe de Qutb

Tout commence par un tatouage. Dès le premier paragraphe de Terrorist, Ahmad crache son dégoût devant le comportement veule et dégradant de ses camarades de lycée. Il est d'abord choqué par les filles qui dévoilent leur corps, leurs piercings, et des tatouages très bas sur le ventre qui demandent, par exemple: «Qu'est-ce qu'il y a d'autre à voir par là?» «Diables, pense Ahmad. Ces diables cherchent à détruire mon Dieu.»
Il y a près de soixante ans, un autre musulman, bien vivant alors, montrait la même répulsion devant les corps américains. Dans une lettre à un ami, écrite de Washington, Sayyid Qutb parlait d'un homme assis à côté de lui dans un café, et dont la peau étalait ses tatouages. C'était pour lui le symbole de l'anéantissement de toute spiritualité.
Qutb avait été envoyé aux Etats-Unis par le gouvernement égyptien pour y étudier le système éducatif, et en tirer des enseignements. Il en était revenu, après trois ans, rempli de dégoût: société dépravée, disloquée.
Rentré au pays, Qutb était devenu très vite le principal inspirateur du mouvement des Frères musulmans, et sur des positions de plus en plus radicales. Jeté en prison par Nasser, il a fini au bout d'une corde. Il est, depuis, la grande référence de l'islam radical.
John Updike ne cache pas trop que son roman a aussi été écrit dans l'ombre de Sayyid Qutb. A la fin de Terrorist, Ahmad demande à Jack Levy, l'orienteur du lycée, s'il connaît l'écrivain égyptien. Levy ne connaît pas. «Je vais le mettre au programme des lectures à option», dit-il. «Si je survis.»

In his extraordinary and highly charged new novel, John Updike tackles one of America's most burning issues - the threat of Islamist terror from within. Set in contemporary New Jersey, Terrorist traces the journey of one young man, from radicalism to fundamentalism to terrorism, against the backdrop of a fraying urban landscape and an increasingly fragmented community. In beautiful prose, Updike dramatizes the logic of the fundamentalist terrorist - but also suggests ways in which we can counter it, in our words and our actions . . .
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