At Home in the World

Maynard, Joyce

Ouvrage indisponible

Éditeur
St Martin's Press
Pages
384
Parution
Format
Livre broché
Langue
Anglais
Dimensions
235 × 156 × 28 cm
EAN
9780312202293
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Chroniques Presse

Le Temps

Une année avec J.D. Salinger

Par André Clavel, samedi 5 février 2011

Tout commence par un article publié en avril 1972 dans le New York Times Magazine. Intitulé «Une jeune fille de 18 ans se retourne sur sa vie», ce long texte est signé par une étudiante, Joyce Maynard, avec ces mots en guise d’incipit: «Ma génération est celle des espoirs déçus.» De quoi attirer l’attention d’un certain ­Salinger, qui a écrit sur l’adolescence des pages éblouissantes – le cultissime L’Attrape-cœurs – et qui envoie aussitôt une missive enthousiaste à Joyce Maynard. «Il me dit que, comme moi, il est à moitié juif, et qu’il vit dans le New Hampshire», écrit-elle dans Et devant moi, le monde, un récit autobiographique où elle ­raconte comment, à sa grande stupeur, elle fut invitée par Salinger – il avait alors 53 ans – et comment elle vécut avec lui pendant près d’une année, dans la maison de Cornish où il se barricadait depuis deux décennies, comme un sphinx, sans jamais répondre aux sollicitations des journalistes ou des éditeurs. Dès leur rencontre, Joyce ­Maynard est déjà tombée amoureuse de l’écrivain, un long échalas qui «a la grâce d’un danseur de claquettes». Ce qu’elle ignore, c’est que son hôte est passablement dérangé. Et que leur liaison sera de plus en plus destructrice, pour elle. D’abord, il y a le sexe, auquel elle doit sacrifier sa chair fraîche de Lolita docile. Et puis, il y a toutes ces manies qui empoisonnent le quotidien: aux yeux de Joyce Maynard, Salinger est un anachorète tyrannique, une sorte de Barbe-Bleue zen qui déteste les médecins, ne jure que par l’homéopathie et le yoga, tout en imposant à son amante des régimes d’anorexique. Quasiment jamais de viande. Parfois une bouchée de saumon. Une véritable hystérie hygiéniste, avec l’obsession des microbes: tout doit être totalement bio à la table de «Jerry» Salinger! Au menu: salade, légumes crus, raisins secs, crosses de fougères, noix, graines de tournesol, pop-corn, pain complet, miel non pasteurisé et quelques quartiers de pomme. «Ce que veut Jerry, écrit Joyce Maynard, c’est se libérer de toute envie. L’abnégation qu’il observe dans son alimentation – sa «frugalité», comme il l’appelle –, il y croit également dans d’autres domaines de sa vie. Son objectif, à travers la méditation, est de se détacher du désir, d’effacer son ego. Il veut se vider l’esprit de toute pensée, rien de moins. Le terme zen qu’il utilise est samadhi.» La littérature? Top secret. Chaque matin, l’inventeur de ­Holden Caulfield s’enferme dans son bureau pour travailler et méditer, en combinaison de mécanicien. Qu’écrit-il? La jeune fille l’ignore. Elle sait seulement que c’est pour lui une épreuve douloureuse, un accouchement difficile. Et elle ajoute que, depuis les années 1960, il «a écrit au moins deux livres», enfermés dans un coffre-fort afin qu’ils ne tombent pas entre les mains des éditeurs. Une profession qu’il vomit. «Je préfère rester deux heures sur le fauteuil du dentiste plutôt qu’une seule minute dans le bureau d’un éditeur», grogne un jour Salinger. On apprend aussi qu’il déteste John Updike, aime Jane Austen et le vaudeville, conduit sa ­Chevrolet pied au plancher, écoute du jazz et, le soir, branche son projecteur 16 mm pour regarder de vieux Hitchcock. Dans ce bunker new age, Joyce ­Maynard étouffe. Un gourou, ­Salinger? Il s’en défend. «S’il a déjà fait quelque chose de sage, prétend-il, ça n’a été qu’en affichant un cynisme complet concernant les motivations de ses contemporains.» Et Joyce ­Maynard précise: «Jerry méprise tout ce qui se produit actuellement dans le domaine du cinéma, du théâtre, des arts et de la littérature.» C’est le portrait d’un artiste en misanthrope foutraque que brosse l’Américaine, qui aurait aimé que le grand homme lui fît un enfant. Réponse: elle sera brutalement congédiée de ­Cornish… Avant de faire ses valises, elle trace sur une vitre embuée quelques lettres. Bint. C’est le prénom qu’elle aurait choisi pour leur enfant. Après, sa vie continuera loin de Salinger, elle se mariera, divorcera, reviendra rôder du côté de Cornish, dans cette prison où elle avalait en douce des yaourts. Et où un monstre sacré des lettres américaines lui offrit quelques mois de rêve, un séjour en enfer.

En 1972, le New York Times Magazine publie l'article d'une étudiante, Joyce Maynard, sur sa génération. Succès. La jeune femme est repérée par J-D Salinger, de trente-cinq ans son aîné. Séduite par l'auteur énigmatique de L'Attrape-coeurs, elle s'enferme avec lui dans une relation aussi brève que destructrice. Vingt-cinq ans après, celle qui est devenue écrivain tente d'exorciser son histoire.
Auteur de plusieurs romans et essais, surnommée lors de ses débuts fracassants en 1972 la Françoise Sagan américaine, Joyce Maynard vit aujourd'hui entre la Californie et le Guatemala. Plébiscité par une critique américaine unanime, son roman Long week-end marque aussi la redécouverte d'un écrivain. Après son autobiographie, Et devant moi, le monde, son nouveau roman, Les Filles de l'ouragan, a paru aux éditions Philippe Rey.
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