52 ou la seconde vie

Geneviève Brisac

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Éditeur
Des femmes
Collection
La Bibliothèque des Voix
Pages
1
Parution
octobre 2007
Format
Livre audio
Langue
Français
Dimensions
12.5 × 14.5 × 1 cm
EAN
3328140020953
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Chroniques Presse

Le Temps

Devant les machines à laver

Eléonore Sulser, samedi 31 mars 2007

Dans l'une de ses 52 histoires - une pour chaque semaine de l'année -, Geneviève Brisac fait réfléchir Tova, une de ses héroïnes, à la notion de «short story». «L'homme a réussi à abréger la narration et nous avons assisté à l'invention de la short story, celle qu'on écrit pendant que tourne le tambour des machines à laver le linge, ou que les enfants jouent au square», écrit-elle. Si l'homme - probablement au sens noble! - a conquis la forme courte, c'est la femme qui en profite, semble-t-il. Elle le fait à sa manière. Car 52 ou la seconde vie est bien sous-titré «roman», mais c'est un roman à voix multiples, piégé au détour de chaque page dans le fragmentaire. Histoire, sans doute, de tricher et d'échapper ainsi aux pesanteurs du combat contre les titans. Car le roman, relève la même Tova, qui est écrivain, est un combat contre le temps, «titan contre titan», là où la nouvelle veut «attraper la vie». Mieux vaut biaiser, admet d'ailleurs Geneviève Brisac, car «l'écriture, ça vient, et puis ça s'arrête. Paf.» Cinquante-deux histoires et autant d'«attrape-vie». Moments d'amusement, de doutes, d'angoisse, passage d'un âge à l'autre, rupture, maladie, vacances, odeurs, accouchement, malaises, coup du lapin, chaque histoire - plus ou moins courte, parfois réduite à un titre seul, à un poème, à l'énoncé d'un règlement - piège un petit bout de cette seconde vie, celle qu'on écrit en plus de celle qu'on mène. Le quotidien, c'est la trame. Un quotidien très féminin. Aucun homme ne se raconte dans le livre, même s'il en est beaucoup question. Là encore Tova assume cette prédominance des femmes, en dédouanant, avec humour, toutes les héroïnes aux noms exotiques - Akka, Carlotta, Nouk, Mona, Retsinè, Mélissa, etc. - qui se répondent et se retrouvent d'une histoire à l'autre. «Et nous voici, note Tova, dans la pire atmosphère de mièvrerie féminine qu'on puisse imaginer et craindre. Ne manquent plus qu'une théière, et des robes à fleurs. A ce moment de mon histoire, je ne peux plus espérer conserver l'intérêt d'un seul lecteur masculin, mais sait-on jamais, les temps changent.» L'humour, la dérision, une humanité profonde ne quittent jamais un texte très ouvert. Ces 52 histoires respirent en liberté, empruntent gaiement aux écrivains, à l'actualité, aux langues, s'amusent à répéter - comme des balises littéraires - les mêmes formules: «Il était cinq heures de l'après-midi. A las cinco de la tarde, comme dit Federico Garcia Lorca», revient dès que s'avance «la couture changeante entre le jour et la nuit». Ecrire «pendant que tourne le tambour des machines à laver le linge», voilà qui donne une assise, un sens du concret. Marguerite Duras, dont on parle aussi, n'est pas très loin «avec ses livres remplis de vie tranquille». Mais cela n'empêche ni la poésie ni les surprises. «Nous avons atteint une petite crique. Le soleil bas faisait scintiller l'eau calme, le temps s'est arrêté, nous sommes entrés dans l'eau. Tu crois qu'on va mourir? a dit Nils. [...] J'ai dit à Nils: N'aie pas peur, rien ne se passe jamais comme on croit.»

52 semaines. 52 histoires, comme les morceaux d'une mosaïque, les fragments d'une fresque. Ou les chapitres d'un roman. Ce roman, c'est d'abord ce que disent les femmes - Akka, Mélissa, Nouk, Carlotta et les autres - quand elles se retrouvent au café ou qu'elles se téléphonent. De quoi parlent-elles ? De tout : un général tortionnaire, un bébé qui pleure, les cheveux frisés, Rosa Luxemburg, un terrible 15 août, a las cinco de la tarde. De rien : une fille muette, Bruce Chatwin, l'amour en fuite, les tombes à deux places, un homme, le goût à jamais perdu de l'enfance. Car nous sommes des êtres amphibies. Nous sommes d'ici et d'ailleurs, les pieds sur terre et la tête dans nos rêves, comme des arbres déracinés, immergés dans le flot incessant de nos fantasmes, de nos utopies. C'est cela, la seconde vie : cet espace où nous passons la majeure partie de notre existence, où le dedans et le dehors, l'intime et le politique ne cessent de se mêler. Inépuisable champ d'exploration que Geneviève Brisac propose à notre regard, dans ce livre d'une extraordinaire virtuosité, empruntant à chaque genre littéraire tout ce qui peut servir son propos : dévoiler ce qui nous meut et nous émeut, à notre insu.
Geneviève Brisac a publié à l'Olivier un recueil de nouvelles et six romans dont Week-end de chasse à la mère (prix Femina 1996) et, plus récemment, Les Sœurs Délicata (2004). Elle a également consacré trois essais à la littérature anglo-saxonne.
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